13 novembre 2008
L'UNIQUE
Juan Antonio, Vicky, Cristina et Maria Elena à Barcelone et moi à la sortie d'une salle obscure parisienne à rêver de l'Espagne (souvenirs, souvenirs) et à penser que Woody aurait pu se taire de temps à autre, qu'il aurait pu nous offrir d'autres images de Barcelone que des tables de restaurant et le même Gaudi en décor comme "juste pour faire joli", qu'on aurait pu voir plus d'espagnols à Barcelone, entendre et voir Barcelone vivre et vibrer, qu'il aurait pu faire du cinéma et pas du théâtre filmé, qu'il aurait pu nous sortir un peu, un tout petit peu même, de ce monde bourgeois étriqué et prise de tête qu'il a l'habitude de disséquer avec talent,à Manhattan... Manhattan aurait d'ailleurs suffi à l'intrigue.
Il s'en prend plein la tronche le fiancé américain avec son physique de premier de la classe, ses rêves de piscine, son polo Lacoste (une vraie méchante contre-pub), son amour clean and safe, et on se dit qu'on va basculer dans un autre monde, plus vrai, avec d'autres valeurs contestataires, un monde bohême, que le choc des cultures entre la vieille Europe et la jeune Amérique va faire des étincelles. On entre effectivment dans la bohême mais la bohême bourgeoise, la "Bo-Bo" attitude à son apogée.
On quitte la somptueuse villa d'amis américains vivant à Barcelone pour partir à la campagne. Super Woody, tu vas nous offrir une grande bouffée d'air, du champêtre, du populaire, du brut, de l'espagnol, des espagnols fêtards, épicuriens, sanguins. Et puis non, on se retrouve dans les magazines "Maisons et Décoration" ou "Côté Sud". Tout est super beau et notre artiste bohême vit dans un luxe inouï, tout habillé qu'il est dans un style négligé so chic, et on n'échappe pas au plan de la belle piscine toute bien bleue comme il faut. Décor "concept", alibi...
Bien que sans surprise, le film est agréable. Les personnages sont caricaturaux, prévisibles mais c'est une occasion de se poser une énième fois la question "C'est quoi l'amour ?" et surtout de réfléchir une nouvelle fois mais sous un nouvel angle sur "le trio amoureux".
Je me suis reconnue en Maria Elena, femme toujours au bord de la crise de nerfs, névrosée, qui ne sait pas se taire, qui gueule, qui gueule, qui fume et fulmine, toujours et encore. Je me suis reconnue en Maria Elena, heureuse, sereine, apaisée, quand enfin, il y en a une autre, quelqu'un d'autre à aimer, du moins à désirer car il est clair que si Juan Antonio désirent les femmes, il n'en aime qu'une.
C'est un vrai fardeau que d'être l'unique aimée, ça attache, ça ligote, ça enferme, ça étouffe. L'amour, c'est trop lourd pour être porté seul. Enfant unique, porter tous les espoirs et les peurs d'une mère seule, unique, déjà un couple, déjà des coups de gueule, des coups de sang, des coups, des déchirures, des réconciliations.
Femme unique, porter tous les désirs, les projets, les offrandes, les pardons gluants, quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse... J'adore lorsque j'ai une amie à la maison qui entre dans notre vie familiale. J'adore mon amie mais très égoïstement, j'adore la liberté qu'elle m'offre en ne me laissant plus le seul vis-à-vis de cet amour délicieux mais si exigeant... Serais-je pour autant capable de partager "physiquement" un homme avec une autre ?
Liberté, liberté chérie...





